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Flashback

Bilan de l'année 2019 sur KS

TH
par Thierry (admin), le

Alors que s'achève l'année 2019, il faut revoir les qualificatifs : si 2018 fut une année exceptionnelle, 2019 fut tout aussi bonne. Voire même un peu meilleure. Qui en a fait le succès ? Quelles gran

Il y a tout juste un an, je qualifiais l’année 2018 “d’exceptionnelle. La meilleure. Et de loin”. Avec une interrogation sur celle à venir tant il paraissait improbable de rester sur une telle croissance.

Alors qu’on arrive au terme de 2019, il faut revoir les qualificatifs : 2018 fut exceptionnelle. Mais n’est plus unique.

2019 est en effet étonnamment proche de 2018. Un peu meilleure sur certains critères. Un peu en-dessous pour d’autres. Mais, au final, une année dans la continuité. Après deux années assez semblables en 2016 et 2017, Kickstarter a progressé encore en 2018. Et a continué sur sa lancée, son nouveau rythme de croisière, en 2019.

Combien de projets ont convaincu plus de 10.000 souscripteurs ?

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Soit un tiers de plus qu’en 2018 (22 projets). Ces “cartons” de l’année ont récolté 47 millions de dollars, contre 41.5 millions en 2018. Sur ce point, 2019 est clairement la meilleure que KS ait jamais connu.

Petit bémol : comme en 2016, les scores sont boostés par les jeux d’ambiance (Trial By Trolley, Throw Throw Burrito et, dans une moindre mesure, Muffin Time) qui sortent un peu des jeux que “nous” aimons. Ou dont on aime discuter. Les deux premiers ayant dépassé les 50.000 souscripteurs (respectivement 55024 et 53643).

Le meilleur score de l’année -pour les jeux plus dans “nos” habitudes- revient à Etherfields (32582 backers), assez loin des records des deux années passées (le reprint de Le 7ème Continent avec 43733 backers, et Tainted Grail: The Fall of Avalon - 41939). C’est d’ailleurs le seul projet à dépasser cette année le cap des 30000 souscripteurs.

C’est également la première fois qu’un éditeur réussit la performance de “l’emporter” deux années de suite. Awaken Realms trône sur l’univers du participatif ludique. Même si CMON réduit la casse avec quatre projets au-delà des 10.000.

Backers$ récoltés
Trial By Trolley550243 538 065
Throw Throw Burrito536432 559 458
Etherfields325824 816 332
Terraforming Mars: Turmoil260041 367 901
Muffin Time255451 296 840
Bloodborne239864 013 731
Zombicide: 2nd Edition217353 410 084
Root: The Underworld Expansion208861 726 461
The Great Wall157941 527 519
Tiny Epic Dinosaurs14114496 527
Tiny Epic Tactics13398604 815
Suburbia Collector's Edition124281 806 651
Sleeping Gods120561 142 511
Oceans12012766 085
Everdell: Spirecrest & Bellfaire11931989 289
Kingdom Rush: Rift In Time119001 098 416
Trudvang Legends118081 492 714
Middara: Unintentional Malum117472 575 192
Dice Throne Adventures116741 735 944
Oathsworn: Into the Deepwood115181 957 426
Anachrony: Fractures of Time113461 051 447
CMON Time Machine (déstockage)11306296 056
BattleTech: Clan Invasion112772 586 421
Divinity Original Sin105651 845 411
Vindication (reprint)10218823 808
5-Minute Mystery10174396 798
On Mars (12654)10141970 566
Age of Civilization10011328 131

Au final, 123 projets ont réuni au moins 3500 souscripteurs et/ou $500.000 en 2019. Soit une dizaine de plus qu’en 2018. Pour une somme équivalente (86 millions de dollars).

Un peu plus de réussites, donc. Mais avec un peu moins de réussite puisque ces projets ont plus peiné à dépasser le cap des 5000 souscripteurs que l’an passé.

Combien ont levé plus de 1 million de $?
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2018 avait établi un record assez large avec 20 millionnaires. Score pulvérisé donc cette année.

Il s’agit comme toujours essentiellement des projets à plus de 10.000 soutiens, les millionnaires avec un nombre de backers à 4 chiffres restant stables (7 en 2019 contre 6 en 2018).

La performance est tout de même à pondérer avec 56 projets, en tout, au-delà des $500k; soit un score identique à celui de 2018. Comme pour le nombre de backers, 2019 semble avoir radicalisé les financements : il fut cette année plus difficile de dépasser les 5000 souscripteurs / $500.000 mais une fois ce cap franchi, ce fut plus souvent pour dépasser le cap suivant (10.000 backers / $1 million).

2019 : comme un méchant goût de reviens-y

2018 avait été tirée vers le haut par la créativité des projets. 2019 se révèle bien moins brillante de ce côté. Entre les reprints, les extensions plus ou moins alibis, les suites et les éditions deluxe de jeux déjà connus… Peu d’innovation, finalement, au programme.

Là encore, Awaken Realms fait office de premier de la classe avec Etherfields et The Great Wall. CMON, avec Bloodborne et Trudvang Legends (même s’il s’agit de licences) qui aura alterné le neuf et le recyclé, Laukat et son Sleeping Gods, Lucky Duck Games avec Kingdom Rush et Eagle-Gryphon pour le Lacerda annuel (On Mars) étant les rares à péter un score avec de la création.

Une liste bien courte à laquelle il convient d’ajouter Ice Makes pour le civ de poche Age of Civilization et le seul nouveau primo-éditeur à émerger dans l’élite cette année : Shadowborne Games et son Oathsworn: Into the Deepwood… aux faux airs de Awaken.

Le constat n’est guère plus enthousiaste pour les projets à moins de 10.000 soutiens. Là encore, la créativité “pure” a bien moins payé (ou moins été récompensée) que les “suites”.

La place du français sur Kickstarter

C’est une des satisfactions de l’année que de voir de plus en plus de projets proposer leur jeu en français. Totalement ou partiellement, en version imprimée ou juste en pdf. Mais en français.

Même CMON s’y est mis! Incroyable, non ? OK, pour la banale précommande de fin d’année (Zombicide: Nuit des morts-vivants). Et avec une offre qui donne plutôt envie… d’attendre sagement que son boutiquier l’ajoute à son stock. Mais vu que cela faisait… pfiou! une éternité qu’on nous baladait de KS en KS avec des “pas possible cette fois mais on espère pour le prochain”…

On peut remercier au passage tous les fans qui se proposent de traduire, relire, corriger etc. Sans eux, nombre de ces traductions n’auraient jamais vu le jour. Et d’autres auraient été de magnifiques “google trad” incompréhensibles.

En règle générale, il semble aussi y avoir eu moins de soucis de règles pour les projets livrés. En général; il y aura toujours des brebis galeuses mais il faut reconnaître un gros effort, y compris de petits éditeurs sans grands moyens.

Cartes du jeu Parks

Des jeux plus faciles à sortir

Une tendance qui avait débuté en 2018 mais s’est confirmée cette année : les joueurs ont souvent soutenu en masse des projets plus modestes. Et moins d’usines à gaz.

Kickstarter n’est désormais plus un repaire pour une élite en manque de gros jeux dont la valeur se mesure en ânes morts. Même si les grosses boîtes sont toujours très prisées, faut pas déconner non plus.

Moins d’extensions qui ne servent finalement jamais; ou, pour beaucoup, des extensions prévues pour être rangées dans la boîte du jeu. Désormais, ajouter un système de rangement intelligent -généralement signé Gametrayz- est devenu banal.

Des jeux plus accessibles aussi. Qu’on peut sortir avec un public plus large. Voire familial.

Des jeux, enfin, auxquels on peut jouer seul. On s’est moqué un temps des joueurs qui réclamaient systématiquement des modes solo, peu importe que les mécaniques soient à base de négociation pour au moins trois joueurs… L’idée a tout de même fait son chemin chez les éditeurs qui ont perçu son potentiel.

Car, finalement, le solo répond aux soucis de surconsommation de beaucoup de backers. Que leur nouvelle merveille puisse au moins être jouée. Même sans personne avec qui la partager. Tout plutôt que de ranger le jeu sous cello dans sa Kallax qui déborde.

Ankh: Gods of Egypt, potentiel vainqueur de 2020 ?

2020, l’année de tous les dangers ?

Cette progression du “solo”, devenu incontournable, est finalement symptomatique des défis qui attendent les éditeurs (et les joueurs) en 2020.

Les backers “core”, early adopters, qui soutiennent le participatif depuis des années, débordent de jeux. Et ceux-ci peinent de plus en plus à trouver le chemin des tapis feutrés (quand simplement les ranger n’est pas déjà un casse-tête).

Les nouveaux venus se font évidemment avoir comme leurs “aînés” en pledgeant à tour de bras. Mais généralement avec des budgets plus limités (même si toujours très confortables) et, de toute évidence, des critères plus sélectifs.

Dans le même temps, Kickstarter -et le crowdfunding en général- progresse. Encore et toujours. Mais plus modestement. La formule a déjà probablement atteint l’essentiel de son potentiel (au moins en ce qui concerne les jeux de plateau qui sont un des segments clés de Kickstarter).

L’histoire de Kickstarter montre que la plateforme progresse sur des cycles de deux ans : une année de forte progression suivie d’une année de consolidation. 2020 devrait donc logiquement afficher des résultats record (si on en croit ce modèle qui repose sur un échantillon statistique insignifiant^^).

Au vu de ce que j’ai écrit précédemment, vous vous doutez bien que j’ai de forts doutes que cela se passe ainsi. Est-ce que je peux me tromper ? Oui. Certains jeux récemment livrés ont le potentiel à faire le buzz. Quelques jeux en attente pourraient aussi monopoliser l’attention à leur livraison. Ces titres dont le succès débordent largement de Kickstarter sont les meilleures vitrines pour la plateforme.

On ne connait probablement que la moitié des campagnes majeures de l’année mais nombre de celles déjà annoncées ont de bonnes chances de séduire. Et certaines ont même le potentiel à péter un record dès le début d’année. Comme Ankh: Gods of Egypt de CMON, troisième volet de la trilogie Lang (Blood Rage, Rising Sun). Frosthaven, la “suite” de Gloomhaven. Ou Return to Dark Tower par Restoration Games (qui ne parle pas trop au public français mais devrait bénéficier d’un soutien massif de l’autre côté de l’Atlantique).

Plus tard dans l’année, ISS Vanguard (Awaken Realms), The 7th Citadel (Serious Poulp, “suite” du 7ème Continent) et Oath: Chronicles of Empire and Exile (Leder Games, nouveau jeu asymétrique et très novateur de l’auteur de Root) ont tous trois le potentiel de tutoyer les 30.000 souscripteurs.

Rien qu’avec ces projets annoncés, il y a déjà de quoi facilement approcher les deux années passées. Égaler ? Dépasser ?

Jeu Arkeis par Ankama - partie en cours - proto

Les jeux narratifs

Ce fut la grande tendance de 2019. Portée par les succès de Awaken Realms (et le record -intouchable ?- de KD:M), nombreux se sont engouffrés dedans. Et souvent avec des propositions excitantes.

Mais on sent déjà un essoufflement. Difficile d’imaginer une inversion de tendance : bien peu de joueurs peuvent multiplier les titres nécessitant des dizaines, voire centaines d’heures de jeu.

A l’inverse, on devrait assister cette année à une explosion de jeux reprenant le principe mais adapté à des joueurs pour qui le temps est une denrée plus rare (autrement dit : la majorité du coeur de cible de Kickstarter qui touche tout de même plutôt des 35-50 ans que des 15-25 ans).

On en a déjà eu quelques exemples, comme le récent Arkeis de Ankama. Et je pense que les projets de jeux d’aventure narratifs plus courts (une vingtaine d’heures) vont se multiplier cette année.

L'explosion des hybrides ?

Les jeux hybrides

Ces projets mêlant carton, plastique et numérique seront à mon avis décisifs quant à l’avenir de Kickstarter. On a fleurir quelques projets; mais assez timidement et sans réellement enthousiasmer la communauté des joueurs.

Jusqu’à Beyond Humanity: Colonies qui me semble avoir marqué une rupture.

Pour la première fois, cet hybride a en effet touché les joueurs que nous sommes (et pas seulement les amateurs de nouvelles technologies). Il a surtout prouvé aux éditeurs, sans doute un peu frileux jusque là, qu’il existe un public assez large (près de 2000 soutiens pour Beyond Humanity) capable de s’emballer pour un jeu bourré d’électronique… quand celle-ci apporte un vrai plus. Peu importe que le tarif explose par l’utilisation massive des puces et capteurs.

Plusieurs projets du même genre devraient débarquer cette année sur Kickstarter (sans même re-parler de Return to Dark Tower). Et je parierais volontiers sur un carton qui impose définitivement le genre. Peut-être Followers de Cosmodrome (éditeur qui multiplie les hits comme Aquatica ou Smartphone Inc.) ?

Le bilan du bilan

Chaque fois que je rédige ce bilan annuel, je suis plutôt pessimiste sur l’année à venir. Les joueurs me donnent tort à chaque fois. Et, finalement, j’adore ça.

Je vous souhaite à tous une excellente année 2020. En vous recommandant, comme toujours, de backer moins pour backer mieux. Le but du jeu n’est pas de remplir les étagères mais de dénicher les perles qui vous procureront de longues heures de plaisir.