
EtalĂ© sur ces derniers mois, jâai jouĂ© Ă Eila et lâĂ©clat de la Montagne ⊠et jâai passĂ© un dâexcellent moment (en fait plusieurs, 14 parties rĂ©parties sur 9 sessions de jeu au total, que jâai trouvĂ©es vraiment magiques Ă partir de la deuxiĂšme session).
Eila, câest quoi ?
Eila est un jeu solo, narratif, encensĂ© par moult professionnels et reviewers aprĂšs sa prĂ©sentation sur les salons (dont Vichy), suite Ă sa localisation par Iello dâun jeu sorti en VO en ⊠2021 apparemment (je nâen avais jamais entendu parler dans sa VO ⊠donc merci Iello !). Je ne mâĂ©tale pas sur les louanges des un(e)s et des autres un peu partout, vous les trouverez facilement, elles pullulent comme la petite vĂ©role sur le bas clergĂ©. Et accessoirement, nominĂ© Ă Cannes, mais malheureusement pas rĂ©compensĂ© (et aprĂšs avoir fini la campagne, je me dis que « câest vraiment trop inzuste »)
Ce qui mâa dĂ©cidĂ© Ă me le procurer dĂšs sa sortie ?
Le bruit selon lequel Iello nâen referait pas de reprint. Il faut dire que câest un jeu solo dont la rejouabilitĂ© nâest trĂšs probablement pas infinie, et qui va avoir vocation Ă ĂȘtre prĂȘtĂ© et revendu assez dynamiquement aprĂšs sa sortie (vraiment, il donne envie de le faire dĂ©couvrir Ă ses proches, vraiment). Câest une espĂšce de niche, une « expĂ©rience ludique » trĂšs loin du jeu familial quâon sort encore et encore dâune soirĂ©e Ă lâautre ou du jeu solo brise neurones que lâon peut rejouer Ă lâinfini par goĂ»t du dĂ©fi intellectuel.
Je ne sais pas sâil faut le qualifier dâovni ludique, mais je lâai trouvĂ© vraiment Ă part dans la production du moment, et Ă plusieurs titres
- une narration déguisée sous une DA trÚs enfantine, mais finalement bien sombre (et le mélange des deux est en fait redoutable pour créer des émotions)
- une mĂ©canique simplissime mais diablement efficace, basĂ© sur le principe du deck building mais en ultra abordable, et agrĂ©mentĂ©e au fil de lâhistoire de ⊠plein de petites choses que je ne vais pas spoiler ici, mais qui amĂšnent de la variĂ©tĂ© dans le jeu (mais toujours en restant trĂšs simples).
- un systĂšme de campagne (sur 6 histoires numĂ©rotĂ©es ⊠de 0 Ă 5) ultra simple Ă gĂ©rer, avec des mises en place et un systĂšme de sauvegarde qui facilite la sortie du jeu sur un coup de tĂȘte tant câest simple et rapide Bref, câest beau, câest bien pensĂ©, câest immersif (si on mâavait dit que je mâidentifierais un jour Ă une petite lapine âŠ), et câest tellement facile Ă sortir !
Eila, câest Ă©ditĂ© comment ?
Objectivement, lâĂ©dition est chouette (mĂȘme si on y parle de base dâune hĂ©roĂŻne lapine
).
Le matĂ©riel est de bonne facture, les cartes suffisamment Ă©paisses, la rĂšgle claire et ultra didactique (on y retourne pour ainsi dire pas ), et la place prise par le jeu est ultra raisonnable (chose fort apprĂ©ciable dont on perd lâhabitude ces derniers temps).
Les jetons sont majoritairement en bois (ressources), trĂšs mignons (comment ne pas craquer devant ces carottes !), et seuls quelques tokens cartons viennent complĂ©ter (notamment les points de vie), avec quelques tuiles (dont je ne dĂ©voilerai pas lâusage pour ne pas spoiler).

Sontây pas toutes mimi ces pâtites carottes ? 
Et enfin, un gros pion mystĂšre se cache dans un emballage noir comme une nuit sans lune, attendant les instructions dâun des scĂ©narios pour ĂȘtre ouvert
.
Un petit bloc lui aussi tout mignon permet de noter sa progression dans les scĂ©narios (et dâenregistrer son inventaire et les talents acquis). Petit format, mais ultra pratique (mĂȘme si pas forcĂ©ment presbyte-friendly).
Et enfin, les prologues et fins de scénarios prennent la forme de ⊠mini BD toutes choupis ⊠et elles aussi trÚs (mais alors vraiment trÚs trÚs) émouvantes par moment (big up Grand Arbre !).
Dernier point, et pas le moindre, lâinsert est un exemple de conception intelligente :
- un systĂšme intĂ©grĂ© au couvercle de lâinsert qui permet de sauvegarder ses cartes dâune partie Ă lâautre
- un insert plutÎt solide (mais sensible aux rayures, à cause de son aspect un peu satiné)
- des emplacements de rangement trĂšs pratiques, avec une mention spĂ©ciale pour lâemplacement pour le petit prĂ©sentoir montĂ©, et pour ceux pour les decks de cartes de chaque scĂ©nario qui sont conçus pour accueillir les decks sleevĂ©s


Une belle boĂźte accueillante pour des cartes sleevĂ©es⊠et admirez cet emplacement dans le couvercle du thermo pour accueillir les cartes Ă sauvegarder ? (Avec un emplacement special pour les petites cartes sous lâemplacement pour les grandes !). Il y a mĂȘme une poignĂ©e intĂ©grĂ©e pour faciliter le soulĂšvement du couvercle ! Le diable est dans les dĂ©tails âŠ
Parce que câest quelque chose Ă avoir en tĂȘte, les sleeves, pour ce jeu : les cartes Ă©vĂšnements tournent (vraiment) beaucoup, et on mĂ©lange son deck sept fois par scĂ©nario. Certaines vont et viennent entre les paquets (entre le prĂ©sent, le futur, les Ă©vĂšnements imminents, âŠ), et on passe son temps Ă les ramasser sur le plateau et les ranger, les battre, bref, yâa de la vie comme dans un deck building, quoi. Et ces cartes, elles sont posĂ©es sur un plateau lisse, donc pour les en sortir, deux solutions :
- les faire glisser hors du plateau pour les rĂ©cupĂ©rer en profitant de lâĂ©paisseur de ce dernier ou âŠ
- les décoller du plateau avec ses ongles (
) au risque dâabĂźme les bords des cartes âŠ
Autant vous dire quâaprĂšs les deux 1er scĂ©narios, je me suis prĂ©cipitĂ© chez un ludiquaire pour prendre des sleeves 79x120 avant de continuer lâaventure. Et jây ai gagnĂ© un confort incroyable en jeu, notamment pour le brassage des cartes Ă chaque fin de journĂ©e (et le rangement des cartes dans leurs paquets - et dans lâordre de leurs numĂ©ros - en fin de session) Bref, câest un jeu quâil faut sleever surtout si on prĂ©voit dây rejouer et de le faire ensuite tourner autour de soi. (pour info, 309 cartes en 79x120 ; les 46 cartes en 63x88 nâont quant Ă elle pas forcĂ©ment besoin dâĂȘtre sleevĂ©es, Ă©tant beaucoup, beaucoup moins manipulĂ©es. Dâailleurs, je ne les ai pas sleevĂ©es, pour ma part). NdlR : sur un jeu Ă 45 balles, « ça fait suer de rajouter entre 20 et 30 balles de sleeves », vous vous dites ? Mais câest un vrai confort en plus pour les cartes Ă©vĂšnements, et on a tellement envie de le faire dĂ©couvrir Ă dâautres, que ça vaut le coup de le protĂ©ger
Bref, une Ă©dition de trĂšs belle qualitĂ©, mais puisquâil faut bien trouver des dĂ©fauts :
- les emplacements de lâinsert dĂ©volus aux jetons ne sont pas super pratiques pour les en sortir Ă la mise en place (profonds, pas de bords inclinĂ©s pour aider ⊠mes gros doigts nâaidant pas non plus)
- le plateau est sensible aux rayures (ongles, déplacement des tokens)
- tant quâĂ faire du token bois, les jetons coeur pour marquer les points de vie auraient mĂ©ritĂ© eux aussi dâĂȘtre en bois plutĂŽt quâen jetons Ă dĂ©puncher ; ils auraient Ă©tĂ© plus faciles Ă manipuler sur la carte dâobjectif (parce que la carte bouge, quand on y manipule les ressources ou les points de vie, câest parfois un peu pĂ©nible). On sent donc un peu lâoptimisation Ă©conomique (maximiser lâutilisation des punchboards dont je ne dĂ©voilerai pas ce quâelles contiennent dâautre), et câest un peu dommage.
- certaines de mes tuiles souffraient de dĂ©fauts dâimpression (dĂ©faut dâencrage, je dirais, surtout une, pas jolie - pas illisible, pas gĂȘnant pour le gameplay, mais qui dĂ©notait avec les autres ⊠heureusement, le support Iello a Ă©tĂ© ultra rĂ©actif et efficace, et en quelques jours seulement une tuile de remplacement est arrivĂ©e Ă la maison. Gros
au SAV Iello !)
Eila, ça marche comment ?
Alors sans spoiler les Ă©volutions mĂ©caniques qui apparaissent au fil des scĂ©narios, on peut quand mĂȘme dĂ©crire le moteur de base du jeu :
- on fait dĂ©filer des Ă©vĂšnements, qui reprĂ©sentent une journĂ©e de la vie dâEila. Un scĂ©nario se passant sur 7 jours maximum
- avant la fin de ces 7 jours, on doit remplir un objectif indiqué par la carte objectif de chaque scénario. En général sous forme de collecte et de sauvegarde de certaines ressources.
- le principe est simple : dans le prĂ©sentoir devant soi, en haut du plateau de jeu, le deck dâĂ©vĂšnements imminents, quâon va piocher les uns aprĂšs les autres pour les rĂ©soudre (faire des choix).
- on pioche donc la premiĂšre du deck dâĂ©vĂšnements imminents, quâon place devant soi dans la zone du PrĂ©sent
- en fonction du choix que lâon fait, on rĂ©sout lâeffet puis la carte va
- soit rejoindre la pile de droite, celle du Futur (évÚnements, qui se reproduiront le jour suivant),
- soit rejoindre la pile de gauche du Passé (évÚnements qui ne se reproduiront plus dans la partie),
- soit rejoindre sa pile dâorigine pour pouvoir ĂȘtre rappelĂ©e par dâautres cartes Ă lâavenir (Ă©vĂšnements possibles mais pas systĂ©matiques)
- Ă la fin de la journĂ©e, la toute derniĂšre Ă©tape consiste Ă prendre le deck du futur, Ă en mĂ©langer les cartes, et Ă la placer dans le prĂ©sentoir comme nouveau deck dâĂ©vĂšnements imminents dans lesquels on va piocher les cartes de la journĂ©e suivante ⊠ultra simple. Le deck tourne, sâenrichit, se nettoie, la vie, quoi.
- la rĂ©solution de chaque carte, aprĂšs chaque pioche, consiste Ă faire un choix entre plusieurs options proposĂ©es, aprĂšs avoir consultĂ© le titre, lâillustration (pour certaines choses, lâillustration est trĂšs importante) et un petit texte narratif dâune ou deux lignes. Certains choix sont conditionnĂ©es Ă des prĂ©requis (quâil faut alors pouvoir remplir), dâautres non. Les actions basiques (dâautres apparaissent au fur et Ă mesure que les rĂšgles sâenrichissent dâun scĂ©nario Ă lâautre) consistent en
- gagner ou perdre des ressources
- ajouter une carte indiquĂ©e par lâĂ©vĂšnement au deck des Ă©vĂšnements futurs (enrichissement du deck pour la journĂ©e suivante)
- ajouter une carte indiquĂ©e par lâĂ©vĂšnement au dessus de la pile des Ă©vĂšnements imminents qui devient alors le prochain Ă©vĂšnement qui sera piochĂ©)
Inutile de prĂ©ciser que tout ça se fait face cachĂ©e, on a donc aucune idĂ©e de ce qui va nous tomber dessus (une bonne partie du sel du jeu ⊠et de la frustration qui va parfois avec quand la chance nous fait des pieds de nez). Les actions proposĂ©es, outre de pouvoir nĂ©cessiter des prĂ©requis, peuvent aussi bĂ©nĂ©ficier / pĂątir de modificateurs issus de lâhistoire et/ou des nouvelles rĂšgles introduites par chaque scĂ©nario.
Ajoutons Ă cela une pioche de cartes « Talents » (que lâon peut acquĂ©rir de diffĂ©rentes maniĂšres) et une pioche dâobjets et autres soutiens (que lâon peut acquĂ©rir ou perdre de tout autant de maniĂšres) qui nous suivent sur toute la campagne, et le plateau de jeu est dressĂ©.
CĂŽtĂ© ressources, câest aussi assez simple :
- 6 ressources en deux catégories
- les ressources tangibles (piĂšces, carottes et pierres magiques), que lâon peut stocker Ă hauteur de 8 dâentre elles sur son plateau

- les ressources intangibles (Ă©nergie, savoir et peur), que lâon peut stocker ⊠à hauteur de 8 dâentre elles Ă©galement.

Vous vous dites « 8, ça suffit ? » ⊠oh la la que non ⊠du tout ⊠tellement pas ⊠Heureusement, on peut convertir des carottes (en stock) en Ă©nergie, et des savoirs (en stock) en pierre magique comme action gratuite Ă tout moment (le reste des conversions de ressources dĂ©pendant des possibilitĂ©s apportĂ©es par les diffĂ©rents Ă©vĂšnements) Quant aux « peurs », elle jouent le rĂŽle de parasites en bloquant des emplacements dans son inventaire, et en attaquant nos points de vie dans certaines conditions. ContrĂŽler sa peur peut donc se rĂ©vĂ©ler crucial. Si vous nâavez plus dâemplacement, vous devez vous dĂ©faire de ressources intangibles, si vous occupez les lui, les peurs supplĂ©mentaires se transforment en points de vie perdus (dâoĂč lâexpression « morte de peur », sans doute ⊠une vraie potentialitĂ© dans Eila).
Chaque journée est divisée en
- une phase de jour : on déroule les évÚnements de sa journée, et on résout les effets
- une phase de nuit pendant laquelle
- on tente de remplir son objectif,
- on compte son tour (avec un systÚme malin qui nous oblige à dépenser soit une énergie, soit un point de vie)
- on mĂ©lange son deck (futur) pour prĂ©parer la journĂ©e suivante (le futur mĂ©langĂ© devient le nouveau deck dâĂ©vĂšnements imminents)
Les conditions de victoire sont simples : remplir lâobjectif avant la fin du 7Ăšme jour. Les conditions de dĂ©faite aussi :
- ne pas remplir son objectif avant la fin de la nuit du 7Ăšme jour
- perdre tous ses points de vie (couic)
Rien de trĂšs nouveau sous le soleil, donc, mais la mĂ©canique est parfaitement huilĂ©e, et surtout se fait totalement oublier au profit de lâhistoire. MĂȘme les nouvelles rĂšgles introduites Ă chaque nouveau scĂ©nario Ă partir du numĂ©ro 2 (le troisiĂšme, donc ⊠non mais vraiment, suivez, un peu !). Et ça, câest quand mĂȘme bien chouette. Pas de complexitĂ© ou de micro-rĂšgle pour venir casser lâimmersion. tout coule de source, tout ce qui compte câest dâaccompagner Eila dans son aventure.
Et si le dĂ©fi intellectuel est trop lĂ©ger Ă votre goĂ»t, le mode « avancĂ© » relĂšve le niveau des objectifs, et introduit de nouveaux Ă©vĂšnement pour corser lâexpĂ©rience.
Eila, Eila, donât dream itâs over
Pour ĂȘtre clair, les deux premiers scĂ©narios sont de gros tutos. Le 0, surtout, qui permet de se familiariser avec la mise en place et la mĂ©canique de base du jeu. Mais qui nâapporte absolument rien pour la campagne. Le second (le 1, donc, suivez un peu) va un poil plus loin, sans ĂȘtre rĂ©volutionnaire non plus. Mais il permet de commencer Ă nourrir la campagne avec, potentiellement, des Ă©lĂ©ments persistants pour le scĂ©nario suivant.

Le set up du scĂ©nario 0. Ăa sâĂ©toffe dans les scenarios suivants. Bols Ă pions by PBH @hohyss
Câest aprĂšs que le sel du jeu se rĂ©vĂšle, que les rĂšgles sâenrichissent, que lâhistoire sâassombrit et que les enjeux se dessinent ⊠
Et lâhistoire de la pauvre Eila sous ses traits choupis et enfantins, se rĂ©vĂšle loin dâĂȘtre un compte de fĂ©es. Le chemin est rude, les Ă©preuves nombreuses, les gens peu frĂ©quentables ⊠peu frĂ©quentables.

Le set up en cours du scĂ©nario 2. Les paquets de carte sâĂ©toffent, et dâautres Ă©lĂ©ments de jeu viendront encore enrichir lâaventure dans la suite des scĂ©narios âŠ
Bref, Eila, elle morfle, et elle doit faire des choix pas toujours faciles et souvent pas trĂšs heureux, mais parfois illuminĂ©s de moments de joie et de belles rencontres. Le tout parsemĂ© de twists ⊠comment dire ⊠éprouvants pour les petits cĆurs sensibles comme le mien.
Dur dâen dire plus sans spoiler, mais Eila vit une vraie aventure riche en Ă©motions, en rencontres, en rebondissements. Et du coup nous aussi. Je ne sais pas si câest liĂ© Ă ce choix de DA, mais le jeu rend le personnage hyper attachant, et les diffĂ©rents Ă©vĂšnements fonctionnent vraiment bien pour nous balader en ascenseur Ă©motionnel. Et quel ascenseur ! (me suis toujours pas remis des twists du scĂ©nario 4 ⊠le 5Ăšme de la boĂźte donc âŠ)
Mais alors, câest juste une super chouette histoire dont vous ĂȘtes le hĂ©ros, ou câest aussi un vrai jeu ?
Pour ĂȘtre franc, aprĂšs avoir jouĂ© les trois premiers scĂ©narios, mĂȘme si je me suis rĂ©galĂ© sur le narratif et lâimmersion, je me suis posĂ© des questions sur le cĂŽtĂ© « gaming ». Une impression de rouler sur les histoires (renforcĂ©e par une change insolente aux dĂ©s dont je nâai pas lâhabitude), qui mâa dĂ©stabilisĂ© (vu que dâhabitude, je suis trĂšs mauvais et galĂšre mĂȘme sur les jeux les plus simples âŠ).
Jusquâau 4Ăšme scĂ©nario (le chapitre 3, donc) ⊠qui mâaura demandĂ© 3 runs pour en arriver Ă bout. Parce que jâai fait des choix ~de merde~ contestables, que mon mojo habituel aux dĂ©s est revenu (je me disais bien, aussi), et parce quâĂ©galement lâenchainement des Ă©vĂšnements mâa rĂ©servĂ© de sacrĂ©s tours. De la satisfaction de mâĂȘtre plantĂ© au premier run, je suis passĂ© Ă lâagacement dâĂ©chouer au pied de la victoire (si, si, je lui touchais les orteils du bout de lâindex) au second, et Ă lâimmense bonheur du succĂšs au troisiĂšme (aprĂšs un gros coup de chaud sur un changement de stratĂ©gie qui sâest avĂ©rĂ© ĂȘtre gagnant). Clairement, sur ce scĂ©nario, il y a une courbe dâapprentissage trĂšs agrĂ©able. Et jâai Ă©tĂ© Ă©patĂ© par la richesse de lâ'aventure avec des mĂ©caniques aussi simple et si peu de matĂ©riel.
Le Chapitre 4 (5Ăšme scĂ©nario, donc), mâaura lui demandĂ© ⊠4 runs (oui, je suis mauvais). Avec sur mon quatriĂšme run sans doute les Ă©motions les plus fortes que mâa jamais fait vivre un jeu de plateau de toute ma vie ⊠à lâapproche de la fin du scĂ©nario, et jusquâĂ sa conclusion, ce nâĂ©tait plus un ascenseur Ă©motionnel, mais un grand huit complet ⊠un truc de dingue. Je me demandais comment les reviewers du jeu pouvaient pour certains sĂ©rieusement parler de la larme Ă lâĆil que leur avait dĂ©clenchĂ© le jeu ⊠ben Ă la fin du chapitre 4, jâai compris ⊠vraiment âŠ
Quant au dernier chapitre, ben ⊠5 runs pour en arriver Ă bout (oui, oui, je sais, je suis mauvais), la faute Ă des choix sur les deux premiers pas forcĂ©ment cohĂ©rents avec le personnage que je mâĂ©tais construit, puis sur les deux suivants et de sacrĂ©s mauvais concours de circonstances dans lâordre dâapparition de certaines cartes auxquels je ne mâĂ©tais pas forcĂ©ment assez prĂ©parĂ©. Mais du coup, il y a une vraie courbe dâapprentissage, et une vrais sensation de sâamĂ©liorer (et quand comme moi on est un trĂšs mauvais optimisateur, ça compte, dâavoir lâimpression de sâamĂ©liorer). Bref, la montĂ©e en puissance continue, et le dernier scĂ©nario se pose en point dâorgue avec une difficultĂ© qui va crescendo avec une cohĂ©rence assez formidable avec le thĂšme du scĂ©nario.
Eila rejouabilité ?
Sur un solo narratif Ă campagne, câest pas gagnĂ© !
A ma droite, les arguments en faveur dâune rejouabilitĂ© certaine
- clairement, sur un scĂ©nario, les choix quâon fait ne nous donnent pas accĂšs Ă une partie des cartes. Elles sont lĂ , ces cartes, Ă nous narguer Ă la fin de la partie en mode « hĂ© hĂ©, tu ne sais pas ce quâon tâaurait rĂ©servĂ©, reviens nous voir » ⊠et câest frustrant (et donc donne envie dây revenir)
- la variĂ©tĂ© des choix elle mĂȘme donne envie de tester dâautres options, dâautres « stratĂ©gies », surtout si on aime explorer tous les recoins dâun jeu. Dâautant que certains scĂ©narios proposent une fin alternative, dont on se demande ce quâil aurait fallu faire pour y avoir droit. LĂ encore, clairement sur les derniers scĂ©narios, on a plusieurs fins possibles. Et quand on voit ce que fait vivre une seule dâentre elles, on a sacrĂ©ment envie de voir ce que rĂ©servent les autres.
- câest tellement facile Ă sortir et mettre en place. Les parties sont plutĂŽt courtes, câest pas contraignant. Pourquoi se priver ?
A ma gauche, les arguments qui mettent le doute ou peuvent laisser penser que le jeu peu rapidement lasser :
- une fois que lâhistoire est « dĂ©florĂ©e », vais-je prendre le mĂȘme plaisir Ă reparcourir lâhistoire ?
- ne vais-je pas me sentir trop « guidĂ© dans mes dĂ©cisions » par lâobligation dâaller explorer les choix que je nâavais pas retenu ? Et est-ce que ça ne va du coup pas faire ressurgir le cĂŽtĂ© mĂ©canique, si Ă©lĂ©gamment masquĂ© par lâhistoire lors de mon premier run ?
- une fois la phase de découverte des rÚgles additionnelles passée (et la campagne finie), et la surprise des différents évÚnements dissipés, la simplicité des mécaniques ne va-t-elle pas me paraßtre barbante ?
- le mode normal peut vraiment sembler trop facile. En tous cas au dĂ©but. Parce quâaprĂšs, je nâai pas vraiment trouvĂ© le jeu facile ⊠du tout ⊠AprĂšs, je privilĂ©gie lâaventure au calcul, je ne suis pas le roi de lâoptimisation, jâai une mĂ©moire de poisson rouge, donc je suppose que beaucoup de joueurs seront arrivĂ©s bien plus vite que moi au bout de chaque scĂ©nario. Le mode « avancĂ© » (qui a ses propres Ă©vĂšnements complĂ©mentaires, au passage) permettra-t-il de compenser la moindre dĂ©couverte par un challenge intellectuel plus relevĂ© ? Je le pense effectivement. Il y a une vraie courbe dâapprentissage pendant le jeu, sur chaque scĂ©nario. Qui permet de retenir des « stratĂ©gies efficaces » dans chacune des histoires. Cette notion de mode avancĂ©, combinĂ© Ă des choix de diffĂ©rents des les premiers scĂ©narios (qui oriente vers des talents trĂšs diffĂ©rents), permettra sans nul doute de complĂštement revisiter sa maniĂšre de jouer pour tenir compte de compĂ©tences diffĂ©rentes. Il suffit seulement de faire des choix radicalement diffĂ©rents dĂšs le dĂ©part, histoire de voir oĂč ils nous mĂšnent pour la rĂ©solution des scĂ©narios suivants ⊠malin âŠ
Une conclusion paradoxale âŠ
Alors, pour finir sur la rejouabilitĂ©, jâajouterais un truc bizarre ⊠à la fin du dernier scĂ©nario, mon aventure sâest terminĂ©e sur une des fins alternatives qui mâa ⊠ben rĂ©ellement laissĂ© sur ma faim. Une sensation de « 'what ??? », teintĂ©e de frustration, de tristesse, et pour tout dire, dâun peu de dĂ©ception ⊠un cĂŽtĂ© « non mais ça ne peut pas se finir comme ça, câest totalement dĂ©primant ! ». Sauf que finalement, cette fin lĂ , elle est cohĂ©rente avec toute la narration des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents ; elle ne mâa pas satisfait, mais elle me criait fort (et explicitement) « si tâavais fait des choix diffĂ©rents, tâen serais pas lĂ ! ». Elle elle mâa juste donnĂ© envie de recommencer toute lâhistoire en changeant complĂštement mon fusil dâĂ©paule ⊠pour aller dĂ©couvrir tout ce que je sais avoir ratĂ© pendant le jeu (yâa un paquet de cartes que je nâai jamais rĂ©vĂ©lĂ©, vraiment âŠ).
Bref, le jeu est fourbe, il te maltraite, te secoue, te broie parfois ⊠et Ă la fin, tu en redemandes ⊠lâauteur est fort ⊠trĂšs trĂšs fort âŠ
au final, câest comment ?
Le bilan de cette premiĂšre campagne sur les 6 « scĂ©narios », aprĂšs mâavoir laissĂ© une impression contrastĂ©e jusquâau chapitre 4, est ultra positif Ă lâissue de lâaventure complĂšte.
-
Oui, lâunivers est charmant, envoĂ»tant, Ă©mouvant, on se sent dans les baskets de cette petite lapine toute mimi, on tremble et on rit pour elle, bref, le narratif marche du feu de dieu (en tous cas sur moi), les surprises et retournements de situation sont poignants comme rarement jâen ai croisĂ© dans un jeu. Je lâai dĂ©jĂ Ă©crit, Ă©motionnellement, câest fou, et la grosse brute que je pensais ĂȘtre sâest retrouvĂ©e sonnĂ©e Ă plusieurs reprises par les dĂ©boires de son hĂ©roĂŻne.
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Oui, lâĂ©dition est chouette (pas parfaite, mais trĂšs qualitative), la mise en place et la sauvegarde des exemples dâefficacitĂ©, et le jeu est tellement facile Ă sortir.
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Oui, les choix et les dilemmes fonctionnent, on a envie de revenir voir toutes ces cartes qui nâont pas Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es Ă cause des dĂ©cisions quâon a prises, on voit, on sent quâil y a dâautres Ă©vĂšnements Ă explorer, dâautres personnages Ă rencontrer, dâautres stratĂ©gies Ă dĂ©velopper.
Et tout le scepticisme que je pouvais avoir sur le plaisir que je vais prendre à refaire les scénarios a été balayé à la toute fin, tellement il me semble inconcevable de ne pas y repartir sous un angle différent.
Pour ce qui est de la difficultĂ©, jâai beau ne pas ĂȘtre un gamer hardcore accro aux jeux experts, le mode normal, mĂȘme sâil mâa fait un paquet de frayeurs, ne mâa pas forcĂ©ment mis dans des situations trop tendues trop longtemps (encore que 4 runs pour le chapitre 4, et 5 pour le chapitre 5, jâavoue que jâen ai un peu bavĂ©). Jâai souvent atteint mes objectifs bien avant la fin des 7 jours de chaque histoire, au point de retourner vĂ©rifier si je nâavais pas mal jouĂ© des rĂšgles pour rendre le jeu parfois si facile. En tous cas sur les premiers scĂ©narios.
Si la narration est super efficace, la difficultĂ© « normale du jeu » est clairement dosĂ©e pour profiter de la balade sans trop traumatiser le joueur (par la difficultĂ© ⊠par la narration, câest une autre histoire
). Ca permet de dĂ©rouler toute la campagne avec beaucoup de plaisir, mais ça laisse un doute sur la suite : vais-je autant apprĂ©cier lâexpĂ©rience en ayant dĂ©jĂ vĂ©cu une partie de lâhistoire, mĂȘme si je varie mes choix ?
Pour moi, la rĂ©ponse est assez Ă©vidente : oui, en laissant passer du temps avant une nouvelle campagne. Et en Ă©tant conscient que je devrai faire des choix diffĂ©rents de dĂ©veloppement de mon personnage, et des arbitrages diffĂ©rents sur chaque scĂ©nario, pour essayer dâaller chercher les fins alternatives.
Eila est donc un jeu « simple », qui met en avant lâhistoire quâelle raconte, et le partage des Ă©motions de son hĂ©roĂŻnes, en sâappuyant sur des mĂ©caniques ultra simples (mais efficaces) qui sont surtout lĂ pour servir la narration et implique le joueur dans les (mĂ©s)aventures de lâhĂ©roĂŻne.
MoralitĂ© : si vous aimez le narratif efficace et bien ficelĂ© dans lequel la mĂ©canique se fait oublier, si vous privilĂ©giez les Ă©motions Ă lâexercice intellectuel brise neurone (mais avec quand mĂȘme de vraies stratĂ©gies Ă dĂ©velopper au fil du temps), dans un univers original, Eila pourrait bien vous plaire. Beaucoup.
Pour ma part, jâai adorĂ©, et je vais laisser couler quelques mois avant de relancer la campagne. Reste Ă voir en redĂ©marrant si mon apprentissage de la premiĂšre campagne mâa suffisamment aguerri pour basculer en mode avancĂ©. Et en amenant mon hĂ©roĂŻne sur le dĂ©veloppement de compĂ©tences qui me sont moins « naturelles », pour varier les stratĂ©gies Ă mettre en place en jeu.
Car rien quâen Ă©crivant cet avis, ça me donne envie de la rejouer, pour vĂ©rifier si je ne me plante en fait pas totalement ⊠damned ⊠ce jeu fonctionne diablement bien !
One more (some)thing (shiny)
En fait, plusieurs petites choses que je tenais Ă vous partager :
-
Petit conseil pour enrichir lâexpĂ©rience, ambiancez lĂ avec une bonne musique. Pour ma part,
-
je suis parti sur la BO dâAmĂ©lie Poulain, dont jâai trouvĂ© quâelle accompagnait parfaitement le cĂŽtĂ© Ă©mouvant et magique du jeu ⊠bonne pioche (mais les goĂ»ts et les couleurs).

- et jâai continuĂ© avec la BO dâArrietty (le film de Ghibli), petit bijou Ă©galement trĂšs dans le thĂšme (mais difficilement trouvable sur Youtube pour ajouter toute la playlist Ă Melodice. Dommage)

-
Du coup jâai rĂ©uni les deux albums dans une playlist Spotify (Ă lancer en lecture alĂ©atoire) que je vous partage ici.
-
petite astuce rangement, pour les tokens, faites des boites en papier qui rentrent dans les emplacements de lâinsert. Câest 1000 fois plus simple pour sortir et ranger les jetons en bois, et ça Ă©vite aux gros doigts comme les miens de pester Ă la mise en place et au rangement. Si ça vous intĂ©resse, je vous mets le gabarit de la boĂźte que je me suis imprimĂ©e en 2 exemplaires grĂące Ă lâexcellent Templatemaker ; vous trouverez donc le pdf aux bonnes dimensions ici.


